Chronique ( Daniel Ninsemon – Militant Cadre du PDCI-RDA): LE DÉVELOPPEMENT, NOUVEL OUTIL DE CHANTAGE POLITIQUE
27 octobre 2025
Depuis quelque temps, un discours pour le moins inquiétant s’installe dans notre espace public. Des cadres du pouvoir, en pleine campagne électorale, tiennent devant les populations des propos qui heurtent les fondements mêmes de notre République.
Ils affirment, sans détour, que le résultat du scrutin est déjà joué, que leur candidat gagnera quoi qu’il arrive, et surtout, le comble de la dérive, que les localités qui ne voteraient pas pour lui seraient privées de développement.
Ce n’est plus de la politique, c’est du chantage d’État.
Et face à une telle menace contre la démocratie, le silence serait une faute.
I• QUAND LE DÉVELOPPEMENT DEVIENT UNE ARME ÉLECTORALE.
Dans la région de l’Iffou, un cadre politique le disait devant les populations locales « Que vous le votiez ou pas, il va gagner. »
Dans la région de la Mé, un haut cadre politique l’a dit sans gêne :
« Si vous le votez ou pas, il va gagner… mais vous n’aurez rien dans ça. »
À Dabou, un autre responsable du même camp a tenu le même discours :
« Peu importe votre choix, notre candidat l’emportera quoi qu’il arrive mais c’est vous qui allez perdre. »
Des paroles d’une extrême gravité.
Car à travers elles, c’est tout un principe républicain qui vacille : celui de l’égalité des citoyens devant la puissance publique.
Si le développement devient une récompense électorale, alors il n’est plus un droit, mais une monnaie d’échange.
Et cela, dans un pays qui se veut démocratique, uni et indivisible, est inacceptable.
II• LA RÉPUBLIQUE NE SE NÉGOCIE PAS.
Les projets de développement ne sont pas la propriété d’un parti.
Ils sont financés par les impôts du peuple ivoirien, non par la générosité d’un candidat.
Ce sont des fonds publics collectés auprès du contribuable ivoirien.
Les détourner à des fins partisanes, c’est confisquer l’État au profit d’un clan.
Notre Constitution du 8 novembre 2016 est pourtant claire.
Elle proclame :
En préambule :
« L’élection démocratique est le moyen par lequel le peuple choisit librement ses gouvernants. »
Article 4:
« Tous les Ivoiriens naissent et demeurent libres et égaux en droit.
Nul ne peut être privilégié ou discriminé en raison de sa race, de son ethnie, de son clan, de sa tribu, de sa couleur de peau, de son sexe, de sa région, de son origine sociale, de sa religion ou croyance, de son opinion, (…) »
Article 50:
« La souveraineté appartient au peuple. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. »
Alors, de quel droit certains osent-ils menacer les citoyens d’exclusion s’ils ne se soumettent pas à une consigne de vote ?
Quel texte de loi autorise à conditionner l’accès à l’eau, à l’électricité, aux routes, à l’éducation, selon la couleur politique d’une région ou selon son choix de vote ?
Aucun.
III• UN DANGER POUR LA NATION.
Ce type de discours est plus qu’une maladresse politique : c’est une bombe à retardement.
Il nourrit la division, il attise la méfiance, il détruit le lien national.
Et surtout, il trahit l’esprit même du service public, qui devrait unir plutôt que soumettre.
Gouverner, ce n’est pas régner avec ses partisans.
C’est servir le peuple dans son ensemble, même ceux qui ne vous ont pas donné leurs voix.
C’est cela, la grandeur du leadership républicain.
IV• BRISONS LE SILENCE ET DÉNONÇONS.
Le plus grave, ce n’est pas seulement que de tels propos soient tenus.
C’est que tant de voix restent muettes.
Le silence complice ou la minimisation de ces dérives n’est rien d’autre qu’une approbation tacite.
La Côte d’Ivoire mérite mieux qu’un développement à la carte, distribué selon les affinités politiques.
Elle mérite une gouvernance fondée sur la justice, la transparence et l’égalité.
Il est temps que les responsables politiques, tous bords confondus, rappellent que le pouvoir appartient au peuple, et non à ceux qui s’en servent pour menacer.
V• LE DÉVELOPPEMENT N’EST PAS UNE FAVEUR, C’EST UN DROIT.
́La démocratie ne se quémande pas, elle s’exerce.
La Côte d’Ivoire n’est pas la propriété d’un parti.
Elle appartient à tous ses enfants, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest en passant par le Centre.
Le peuple doit reprendre confiance.
Le peuple doit relever la tête.
Et surtout, le peuple doit se souvenir : en démocratie, c’est lui le véritable souverain.
SDN

